Ce que personne ne dit vraiment du postpartum… et de ce qui se joue autour.

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Publié le: 20-11-2025

On prépare la valise de maternité comme on prépare un voyage.
On imagine le jour J comme une bascule vers l’amour.
On lit, on écoute, on se projette, on se rassure.

Et pourtant… rien ne prépare vraiment au silence qui suit la naissance.
Ce silence étrange, presque sacré, où le temps se suspend et où le monde entier semble attendre que la mère ressuscite sous une nouvelle forme.

Mais la vérité — la vraie — c’est que le postpartum n’a rien d’un retour.
Ce n’est pas retrouver son corps, son rythme, son couple.
C’est renaître, parfois lentement, parfois difficilement.

Le corps, lui, parle le premier.
Il raconte l’effort, l’ouverture, la transformation.
Il tremble, il se vide, il récupère comme il peut.
Et face à ce corps qui demande qu’on le touche, qu’on l’écoute, qu’on le recoud intérieurement… trop souvent, la femme reste seule.
Parce que chez nous, on félicite, on embrasse, et très vite on repart.
On laisse la mère à son bébé comme si l’amour suffisait.

Dans d’autres cultures, on ne laisserait jamais une femme traverser cela sans entourage.
On parle du mois d’Or.
Un mois où les femmes sont portées, massées, nourries, entourées, respectées dans leur fragilité.
Un mois où le village s’organise autour d’elles pour qu’elles n’aient qu’une seule mission : se remettre.
Pourquoi, chez nous, demande-t-on à une mère de se relever seule au bout de trois jours ?

Et pourtant… même sans ce village traditionnel, un autre pilier est là.
Souvent discret.
Souvent maladroit.
Souvent démuni.
Mais là :
le père.

On ne dit pas assez que lui aussi bascule dans une réalité qu’il n’avait jamais vécue.
Il voit la femme qu’il aime se transformer, parfois souffrir, parfois pleurer sans pouvoir la rejoindre complètement.
Il veut faire bien.
Il veut soutenir.
Il veut rassurer.
Mais il n’a pas toujours les codes, ni l’éducation émotionnelle, ni la transmission familiale qui lui montre comment être ce pilier dont la mère aurait tellement besoin.

Alors il fait comme il peut.
Il tente de prendre la charge, de gérer la logistique, de consoler sans savoir comment.
Il avance dans l’ombre d’un rôle immense, un rôle essentiel, mais rarement valorisé.
Et c’est là que beaucoup de couples se retrouvent à naviguer à vue, chacun dans son coin d’épuisement, chacun dans son interprétation silencieuse de ce qu’il faudrait faire.

Le postpartum n’est pas seulement l’histoire d’une mère.
C’est l’histoire d’un nouveau trio.
Une femme qui renaît.
Un bébé qui découvre le monde.
Un homme qui cherche sa place dans un chamboulement qu’il ne maîtrise pas.

Et au milieu de ce triangle fragile, il faudrait de la douceur, du soutien, de l’écoute, des bras, du temps.
Du vrai temps.
Celui qu’on n’accorde pas.
Celui qu’on culpabilise.
Celui qu’on sacrifie trop vite.

Parce que non, une femme n’est pas censée “gérer”.
Non, elle ne devrait pas faire semblant d’aller bien.
Non, elle ne devrait pas être seule dans ses émotions, dans ses douleurs, dans son épuisement, dans ses doutes.

Le postpartum est une traversée.
Une traversée qui demande des mains, du soin, de la présence, des rituels qui enveloppent, du toucher qui répare, de la parole qui libère.

On devrait dire aux femmes :
« Tu as le droit de recevoir. Tu as le droit d’être soutenue. Tu as le droit de t’effondrer, de t’attendrir, de demander, de te reposer. »
Et aux pères :
« Tu as le droit de ne pas savoir comment faire. Tu as le droit d’être fatigué toi aussi. Tu as ta place, une vraie place, même si personne ne te l’a jamais montrée. »

Le postpartum n’est pas un test.
C’est une initiation.
Et personne n’est censé traverser une initiation seul.

Alors si une mère a besoin de repos, de chaleur, de massage postnatal, de Rebozo, de soutien, d’écoute…
Si un père a besoin de repères, de compréhension, d’être guidé dans sa manière de soutenir…
Ce n’est pas un luxe.
C’est un besoin humain.

Peut-être que notre société a oublié comment entourer les parents.
Mais pas moi.
Pas toi.
Pas nous.

Parce qu’il suffit parfois d’une seule présence douce, d’un espace sécurisant, d’un moment suspendu…
pour transformer toute une naissance, et tout un foyer.

Caroline ROMOALDO

Accompagnante en périnatalité

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